Mission Hill Familly Estate Winery

S’il y a une winery incontournable dans l’Okanagan, c’est Mission Hill. C’est véritablement un domaine phare. À lui seul, ce domaine illustre certaines dimensions caractéristiques de la réalité viticole de l’Okanagan. D’abord, en ce qui a trait à l’expérience au domaine. L’architecture est exceptionnelle et la vue sur le lac est magnifique, alors que l’accueil des visiteurs est très soigné, sans parler du restaurant-terrasse donnant vu sur le lac. Or, aujourd’hui, la plupart des domaines cherchent à attirer des visiteurs en offrant des expériences uniques. Ensuite, le domaine offre un très grand nombre de vins et c’est une autre tendance des producteurs locaux : offrir une grande variété de vins.

Fondé en 1966, Mission Hill est parmi les quatre premières wineries de l’Okanagan. Elle changera de propriétaire et de nom en 1970 (Uncle Ben’s Gourmet Wines), avant qu’Anthony Von Mandel la rachète en 1981.

Anthony Von Mandel, un fils d’immigrants hongrois, est un entrepreneur prospère. Il a fait fortune comme représentant en vin et en boissons alcooliques, tel les California Coolers dans les années 1980, avec sa compagnie Mark Anthony Wine & Spirits (Schreiner, 2004).

Von Mandel est également un visionnaire. À l’achat de Mission Hill en 1981, il fit un discours dans lequel il décrivait le futur de l’Okanagan où la vallée serait : « recouverte de vignobles de vitis vinifera avec une multitude de wineries attirant des visiteurs du monde entier » (Schreiner et Miler, 2007). Il y avait à l’époque 14 wineries dans toute la Colombie-Britannqie produisant de façon industrielle du vin à partir d’hybrides ou des raisins de Californie (Ross, 1995; Schreiner, 2004).

En 1996, Von Mandel engage l’architecte américain Tom Kundig pour dessiner le domaine actuel. Pour Von Mandel, un domaine qui soit splendide au milieu du paysage (a landmark showcase winery), est essentiel au futur de l’Okanagan (Schreiner, 2004).

À défaut d’avoir un domaine ayant 300 ans d’histoire, il désire une structure atemporelle qui traversera le temps. Alors que la winery est en construction, Von Mandel connait un grand succès commercial avec la boisson alcoolisée à base de Vodka Mike’s Hard Lemonade commercialisée par l’agence Mark Antony, propriété de Von Mandel. L’argent coulant à flots, cela lui permet de réaliser au cout de 40 millions de dollars un projet encore plus ambitieux que celui de départ.

L’ensemble architectural est impressionnant. Les bâtiments sont de couleurs jaune-beige ocre, semblable aux collines de la vallée, s’intègrent harmonieusement au paysage. Les bâtiments et leur disposition donnent l’impression d’un monastère. Le campanile aussi contribue à cette impression. Mais simultanément, on sait qu’on est dans un endroit unique. Les haies et l’aménagement du terrain sont soignés à la perfection avec des haies rectilignes et des arbustes bien taillés.

Plusieurs œuvres d’art d’artistes internationaux connus ornent le terrain ici et là. On retrouve par exemple un Chagall dans une salle.

Le lieu en soi crée une forte impression. Sans être dans une église, le sentiment créé est le même : un mélange de respect, d’admiration et de recueillement. C’est véritablement comme entrer dans un monastère ou une église. Un employé me raconta d’ailleurs que dans une section des chais, les visiteurs se mettent spontanément à chuchoter, comme s’ils ne voulaient pas déranger les lieux.

Il y a aussi une impression de puissance, de luxe, de majestueux et de grandeur qui se dégage du lieu lieu, avec en plus le lac et les montagnes. L’objectif est évidemment de transposer cette impression aux vins.

Comme mentionné au début de ce texte, Mission Hill offre plusieurs vins, environ 36 répartis en cinq séries, et il serait long de les présenter tous ici. Voici ici les vins disponibles au Québec.

Mission Hill possède désormais cinq vignobles dans différentes parties de la vallée et où le climat et les sols changent considérablement du nord au sud. La série « terroir collection » vise à mettre en valeur ces différents terroirs en offrant des vins produits à partir de parcelles spécifiques.

La série « Reserve », le milieu de gamme, offre d’excellents vins à prix honnête. La série « Five vineyards » offre des vins d’entrées de gamme plus abordables. Enfin, la « legacy collection » représente les vins haut de gamme du domaine. Ils sont un peu chers et il y a un peu de marketing là dedans (un grand domaine se doit d’avoir des vins chers).

Plusieurs autres wineries adoptent la même stratégie. Le nombre de vins offert dans chaque winery est surprenant. C’est comme si, en caricaturant un peu, chaque winery essayait d’offrir tous les cépages et styles possibles dans la vallée : les blancs sec, vif et parfumé et les Pinots noir frais du nord, puis les rouges plus riches et charpentés du sud : Merlot, Cabernet-Sauvingon (appelé Cab’-sauv’ en anglais), Cabernet-Franc et Syrah du sud).

Chaque winery offre également toujours un vin haut de gamme. Comme si chaque winery qui se respecte devait inévitablement produire un vin à 80$ et plus, même les petites. Il y a du marketing là-dessous et probablement des acheteurs disposés à payer ce prix. J’ai cependant souvent été déçu par ces soi-disant vins « haut de gamme ».

Ceci dit, À Mission Hill, j’ai eu l’occasion de déguster le Occulus 2013 et il était excellent. Comme j’aime dire, il était aussi bon qu’un vin peut-être bon, soit spécifique, mais comparable à n’importe quel grand vin. Mais est-ce qu’il vaut 135$? Ça dépend de la profondeur des poches de chacun et plusieurs riches amateurs peuvent probablement se le permettre sans sourciller.

À Mission Hill, les vins sont à la hauteurs des attentes. Plusieurs sont impeccables et certains peuvent rivaliser avec les meilleurs au monde. Soulignons que c’est Mission Hill qui a mis le Canada sur la carte de la planète vin en remportant en 1994 le titre de World best Chardonay à la International Wine Competition de Londres. Depuis ce moment, les vins canadiens peuvent se comparer aux meilleurs vins du monde. Mission Hill récidivait en 2013 avec le meilleur Pinot noir à moins de 15$.

La visite de ce domaine vaut définitivement le détour. Ça peut être achalandé en été et il est recommandé de réserver afin d’avoir une visite et une expérience personnalisée.

Sources bibliographiques:

  • Ross, K.J., (1995). An Analysis of the effect of free trade agreement on profitability in the British-Columbia wine industry. MA thesis. University of Brattish-Columbia.
  • Screiner, J., (2004). The Wineries of British Columbia, North Vancouver : Whitecap Books.
  • Schreiner, J. (2014). John Schreiner’s Okanagan Wine Tour Guide 5th Edition. The Wineries of British Columbia’s Interior, North Vancouver : Whitecap Books.
  • Schreiner J. et K. Miller. (2007). British Columbia Wine Country. Revised & Updated, North Vancouver : Whitecap Books.

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